Vibrer l’Art, saison 1 – (27 au 31 octobre 2025)

Un lieu pour faire vibrer l’art !

Loin de l’agitation, au pied des Monts d’Arrée, un manoir du XIXe siècle abrite le Centre missionnaire dédié à Saint-Jacques de Compostelle. La communauté s’est aussi établie en Haïti et au Brésil. Aujourd’hui, le lieu, et son parc de 18 hectares, est ouvert à tous publics : fêtes de famille, séminaires, retraites spirituelles, randonneurs de passage…

Contact : https://missionnaires-st-jacques.org/?page_id=195

Jour 1 : Vivaldi, château caché et toile d’araignée…

De Platon, on a bien retenu que « la musique adoucit les mœurs ». Sait-on que le philosophe attribuait ce même pouvoir à la beauté ? La « beauté visible » qui mène à la « beauté vraie », en réveillant les émotions et les rêves, enfouis au plus profond de soi, dès la petite enfance.

Le lieu de la première résidence « Vibrer l’art », devait être à la hauteur de cette promesse. Le choix s’est porté sur le domaine du Centre Saint-Jacques. Avec, au cœur d’un immense parc boisé, le château de Kerjean, taillé sur mesure pour accueillir six enfants confiés au département du Finistère, leurs éducateurs référents et une joyeuse troupe d’artistes. Nature, culture, aventure… Tous sont partants pour partager des sensations et expériences inédites pour la plupart, autour de la danse, la musique, les arts plastiques ou la littérature.  

Les participants s’étaient déjà croisés au concert, organisé en exclusivité pour les enfants, par le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi. Une star internationale (si, si !) accompagné de quelques musiciens l’ensemble Matheus. Dans la chapelle du domaine, le maestro leur avait présenté, à sa manière, les « Quatre saisons » de Vivaldi. « L’idée est de faire découvrir aux enfants et aux ados des modes d’expression déconnectés de leur univers. Certains vibrent, d’autre moins. Mais tous ont la possibilité de se projeter vers d’autres horizons, d’avoir parfois une révélation. » rappelle Nathalie Bruneau, fondatrice de l’association « Art de grandir », à l’origine du projet.

Oublier le portable pour mieux se rencontrer

Découvrir d’autres horizons ?… Mikaël, Melyna, Kezia, Maëlis, Leni et Margaux, ne sont pas contre. Mais quand on a entre 11 et 14 ans, la seule idée de se déconnecter, ne serait-ce que 4 jours, des copains et des réseaux sociaux, paraît forcément insurmontable. Le deal passé avec eux ? Pas plus d’une heure de portable par jour. Les adultes eux-aussi, sont prêts à tenter la detox numérique. Ateliers, jeux, repas, balades : en immersion, tout le monde est logé à la même enseigne.

Le soir venu, il est temps de faire plus ample connaissance. Pour éviter le sempiternel « tour de table », Florence, la costumière en titre, propose à la vingtaine de participants assis en cercle de passer par un jeu, celui de la « pelote ». Son principe ? Permettre à chacun de se présenter en quelques mots : un prénom, une passion, une petite vanne pour les moins timides… Rien de plus. Le but ici n’est pas de raconter, tour à tour, son histoire personnelle. Le premier joueur s’exprime, une pelote de laine. Un fil sera tendu par une animatrice vers la personne de son choix qui va alors prendre la parole, et ainsi de suite. Les mots se déroulent en même temps que la pelote. Quand le dernier participant reçoit à son tour le fil de laine, une « toile d’araignée » s’est tissée au milieu du cercle. « Avec les premiers liens ? », entend-t-on. Peut-être bien. On l’espère.

Jour 2 et 3 : argile, étoffes, pas chassés et bâtons de pluie…

Et c’est parti pour la vie d’artiste ! Avec un emploi du temps au cordeau. A 9 heures, les enfants, référents et accompagnatrices de l’association « Art de grandir » retrouvent Caroline pour une initiation à la céramique.

L’atelier commence… dans les bois. Feuilles, fougère, glands de chêne ou bogues de marrons… Autant de petits trésors qui pourront laisser leur empreinte sur les objets façonnés pendant l’atelier. Toucher, pétrir, façonner librement la terre, souvent pour la première fois. Jeunes et adultes ne s’attendaient pas toujours à vivre de telles sensations en modelant un bol, un plat, un cœur… D’y laisser la trace d’une plante ou d’une pierre ramassée dans la forêt.

« Vous êtes en train de créer un objet que vous emporterez partout. Vous pouvez changer d’avis en cours de route et repartir sur autre chose. La terre se répare comme la terre répare. Signez votre pièce à la fin : elle deviendra une œuvre d’art », indique Caroline. Les 2 heures d’atelier sont vite passées. Et les enfants vont devoir patienter plusieurs semaines avant de récupérer les créations. Le temps du séchage, de la cuisson et de l’ornement.

 

Des parures d’air et de lumière

L’après-midi, deux groupes se forment pour fluidifier les ateliers. Les artistes se sont coordonnés pour préparer, avec les enfants, le spectacle prévu pour jeudi soir. Le thème choisi est celui de la nature avec, en cette fin d’octobre, un petit focus sur l’automne et ses mystères.

Enfants et éducateurs ont 3 jours pour confectionner leurs costumes de scène représentant l’air, l’eau, le feu, la terre… La veille, à la table du diner, Florence, l’animatrice de l’atelier, a fait part de son trac : « Fais-toi confiance ! » lui a conseillé Mickaël du haut de ses 13 ans. C’est un peu un mantra ici, il est vrai. La créatrice avait minutieusement tout préparé : des coupons d’étoffe fluide, de feutrine ou de tulle, quelques croquis et de grosses paires de ciseaux. Mesurer, découper, assembler… « Vous verrez, dans une heure, surtout si on s’y met tous, le premier costume sera prêt ! ». Là encore la magie opère.  Hilare, Léni accepte de faire le premier essayage mais pose des conditions : « pour le spectacle, je mettrai l’habit de feu ! »… En retrait, comme une petite souris, Mirka, psychologue, écoute et voit ce qui se passe d’un regard bienveillant. Ses observations nourriront le travail de recherche, mené au CHU de Brest, sur le programme « Art et soins » – dont d’autres équipes pourraient bénéficier.

Alors on danse ?…

Le petit groupe retrouve ensuite Sarah, danseuse professionnelle qui intervient dans différents univers, notamment dans des lieux de soin. Elle sait mieux que quiconque à quel point il peut être difficile, à l’orée de l’adolescence comme à tout âge, de laisser parler son corps. A plus forte raison, face à la caméra de l’association du « Moulin à images », venue réaliser un film, qui sait pourtant se montrer discrète. Échauffement tout en douceur pour laisser les mouvements et la respiration prendre de l’amplitude. Chacun se déplace ensuite librement dans l’espace au rythme des percussions. Les regards complices se croisent parfois.

La chorégraphie, la « choré », imaginée par Sarah s’inspire du mouvement de la vie, des 4 éléments. Au début, c’est parfois difficile d’effectuer seul, à 2 ou 3, les premiers enchaînements de pas, de se sentir plus exposés, hors de la bulle du groupe. L’expérience peut réveiller des émotions inattendues, une gêne soudaine. « Continuez ou reprenez quand vous en avez envie » rappelle à chaque fois Sarah. Pas de compétition, de « challenge » à relever ici. L’heure est à l’affirmation de soi dans le au plaisir, le bien-être et la bienveillance.

 Inspiration Halloween (ou Samain)

« Vibrer l’art » s’invite aussi dans l’univers fantastique d’Anna, artiste plasticienne itinérante qui parcourt les routes du Finistère dans un van transformé en caverne d’Ali Baba. On y trouve de quoi fabriquer mille et un objets, de toutes les matières, de toutes les manières et de toutes les couleurs. Pour donner encore plus envie de se lancer dans la confection des accessoires du spectacle, Anna a décoré la pièce de ses créations, inspirées de la magie de « Samain », le nom donné à Halloween en pays celte. Citrouilles, champignons, lumignons, sorcières ou korrigans ? Tout le monde peut façonner ce qui lui plait. En prévision du spectacle, Anna a prévu la fabrication de bâtons de pluie, des tubes de cartons remplis de riz, lentilles ou haricots selon la sonorité recherchée. Les enfants personnalisent soigneusement leur instrument : peinture, collage, écriture, paillettes bien sûr. Anna donne le ton en s’adressant à une jeune créatrice : « Tu as dis : « ça je n’aime pas trop » au lieu de « c’est nul ! » et tu as bien raison, la confiance en soi, avec la rêverie, sont les moteurs de la création. Et les imperfections sont presque plus intéressantes que le reste ». Confiance en soi et rêverie, le secret pour construire les grosses lanternes de papier mâché et de fils de fer, avec lesquelles ils vont pouvoir déambuler dans le parc, la nuit tombée…

Jour 4 – Tous en scène ! 

Répétition générale tout au long de la journée : enfants et référents révisent leur chorégraphie, vêtus de leurs tenues de scène « faites maison », fluides et colorées. Ce soir, le public et les accompagnateurs auront aussi un petit rôle d’accessoiristes à jouer : celui de glisser, au bon moment, aux danseurs leur bâton de pluie, leurs instruments de percussion ou les foulards que tout le monde agitera pour le final.

Avant le show, les soirées ont été bien remplies avec notamment, le concert d’un trio Debussy – et la possibilité de s’essayer à la harpe- et une veillée de contes à la chandelle, assurée par la magnétique Alice.

Durant leur séjour, les enfants ont également écouté les extraits poignants du livre de Dominique, médecin humanitaire, venu leur raconter l’histoire d’Omar, 14 ans. Son enfance marquée par la guerre et la violence, dans un pays où même le bord de mer est une prison. Avec enfin en ligne de mire, la résilience qui s’offre à lui, à travers une vocation d’enseignant. Ecouter, parler, écrire, réfléchir : la démarche de « Vivrer l’art » c’est aussi s’ouvrir au monde et au réel pendant cette parenthèse enchantée qui va bientôt se refermer…

Le spectacle, comme prévu, est enchanteur et touchant. Un vrai travail de pros, d’artistes, dont tous les protagonistes sortent émus et fiers.

Ce soir, on s’en doute, on ira se couche plus tard que d’habitude.

Jour 5 – Des rires, des larmes et des mots !

Quelques jours suffisent pour faire de belles rencontres, vivre des expériences inattendues et concrétiser le message de la pelote de laine : les liens se sont tissés, dans tous les sens, spontanément. Ils ont visiblement donné l’envie aux enfants d’être eux-mêmes, d’aller au bout de leurs rêves. Les sourires, les embrassades et les petits secrets échangés en témoignent.

Avant de reprendre la route, le cercle se reforme dans l’atelier. La prise de parole est beaucoup plus spontanée que le premier soir. Qu’avez-vous aimé parmi tout ce qui vient de se passer ?

Parmi les réactions :

« Pouvoir partager tout ce qu’on avait à dire » – Kézia

« Avoir eu le courage d’essayer des choses nouvelles » – Julia

« Bravo à tous pour avoir dansé avec votre âme !» – Sarah

« Merci pour votre concentration. Pour avoir partagé mes larmes de joie ! » – Florence

« La folie, la joie » – Melyna

« La danse, surtout… » – Maëlys

« L’échange, la volonté, l’énergie » – Bénédicte

« Un peu tout ! » – Lény et Mickaël

« La chance ! » – Michel

Heureusement, un nouveau rendez-vous est fixé dans quelques semaines. Pour faire le point, pour se retrouver…

7 janvier 2026 : les retrouvailles !

Deux mois plus tard, les participants à cette 1ère édition du projet « Vibrer l’art » sont à nouveau réunis par le département du Finistère : les 6 enfants et leurs référents ainsi que certains parents, familles d’accueil et responsables de foyers.

Parmi les émotions qui ont jalonné ce moment de retrouvailles :

  • Le visionnage du film réalisé en présence de la réalisatrice et de l’équipe du Moulin à images, témoignage de cette semaine en immersion.
  • La découverte par les enfants des céramiques qu’ils ont modelées au cours de l’atelier. Entre temps, leurs objets ont été émaillés ! Sourires et fierté face à ces jolis souvenirs que chacun peut emmener avec soi.

Au terme de cette « cérémonie » de clôture de la résidence 2025, l’association « Art de grandir » et ses partenaires souhaitent assurer la continuité de son projet : promouvoir la beauté sous toutes ses formes et la rendre accessible aux enfants confiés au département.

 

La mise en place de l’édition 2026 peut commencer !

Les artistes

Une première rencontre musicale

Une première rencontre musicale

Et voilà, l'aventure autour de l'Art a commencé avec une première rencontre musicale. Nous avons eu le plaisir d'entendre les 4 saisons de Vivaldi jouées par l'ensemble Matheus. De la nature, de la beauté rythmée et une véritable rencontre, dans le lieu qui nous...

Florence Forni

Florence Forni

Je m'appelle Florence,dans ma vie professionnelle je suis assistante de service social, j'accompagne des familles dans l'appréhension du handicap et de la maladie mentale. C'est un mêtier ou je tisse du lien pour en envelopper la relation humaine. Une dentelle reliée...

Anna Valentine

Anna Valentine

" Ça tient la route " est un atelier d'arts plastiques ambulant qui, depuis 2010, sillonne le Finistère en intervenant dans les structures collectives (écoles, mjc, centres sociaux, ITES, bibliothèques, crèches, etc...) L'objectif est double. promouvoir la pratique...

Caroline Baron

Caroline Baron

J'ai passé une grande partie de ma vie dans l'univers de la mode, parcourant les fashion weeks de Paris à Milan. Cet univers m'a laissé un amour inconditionnel pour les couleurs et les matières.   Il y a quelques années, j'ai rencontré la Terre, et depuis, elle a...

Sarah Peyrieux 

Sarah Peyrieux 

Je dirige l'école de danse DIEM ACT basée au pays des abers, côtes des légendes, j'interviens en milieu scolaire, et je développe des ateliers thérapeutiques par le biais du mouvement dans les établissements spécialisés. https://diemact.wixsite.com/danse

Dominique Le Nen

Dominique Le Nen

Dominique Le Nen est Professeur émérite de chirurgie orthopédique et traumatologique àl’Université de Bretagne Occidentale (UBO), cofondateur du SOS Mains-Brest, membre honorairede l’Académie Nationale de Chirurgie.Investi dans la chirurgie humanitaire, tant dans...

Alice Desembruns

Alice Desembruns

Alice Desembruns est une conteuse franco-italienne, membre de la compagnie L'exode des mirages.  Génétiquement nomade, elle oscille entre Bretagne, Occitanie, Drôme... et Bruxelles. Passeuse d'histoire, et poétesse, elle travaille depuis 2022 dans le champ...